Des oeuvres nomades en hommage aux territoires
à leur histoire et aux âmes qui y vivent,
où nos corps habitables accueillent les éléments
et s’animent au rythme des transformations de l’espace.
Chorégraphie : Simon Ampleman
Dramaturgie : Mélanie Viau
Interprétation (artistes à la création) : Simon Ampleman, Claude Bellemare, Emile Benazera, Elise Bergeron, Juan Sebastian H. Correa, Samuel Cyr, Gabriela Jovian-Mazon et Gabrielle Simard
Musique originale et environnement sonore : Gabriel Vinuela-Pelletier (viñu-vinu)
Scénographie in situ : Karine Galarneau
Costumes : Jonathan Beaudoin et Charlotte Saint-Amour
Réalisation du court-métrage documentaire : Philippe Chaumette
Son : Daniel Capeille
Recherche : Jean-Cristof Cloutier-Ross
Partenaires à la création : Conseil des arts et des lettres du Québec, Conseil des arts de Montréal, Ville de Laval, CANOPÉE – réseau des boisés de Laval, TOHU, Ville de Montréal, Espaces pour la vie, Pôle Territoire Danse, Corporation de l’Ile du Repos, Corporation de la salle de spectacles de Sept-Îles.
Journal de création in situ
Été-automne 2025
Habiter la dystopie
AVATARIUM nous plonge dans un univers multidimensionnel, où la dystopie humaine rencontre l’utopie de la nature, incarnée par la créature Avatar qui porte la voix du lieu où se déroule la représentation — le troll (terre), l’anémone (eau), la sauterelle (air) et le phénix (feu). Le lieu in situ investi est un espace en cours d’occupation par une dizaine d’humains-machines, édifiant leur territoire à l’aide d’abri-tréteaux, de sacs gonflables, de bâtons-balises, de drapeaux hissés en couvertures de survie… L’univers sonore fragmenté en bruits distincts et en témoignages audio d’histoires du territoire se propage par plusieurs dispositifs situés dans l’espace naturel. Résultat de la transformation du territoire sur lequel l’œuvre se déroule, l’univers synthétique et cartésien reçoit la visite d’entités naturelles venues reprendre leur droit. S’érige alors la créature Avatar dans un langage gestuel qui fait appel à l’imaginaire et au fantastique, captant l’essence de la nature vivante, sa force et sa magnificence.
La gestuelle des interprètes se déploie selon la courbe dramaturgique du spectacle. Au départ, les créatures rappellent des insectes, dont les pattes avant sont prolongées par des bâtons de marche. Ce travail entraîne une dynamique qui part de l’animal pour ensuite, dès que les bâtons sont lâchés, s’incarner dans l’élément majeur du territoire et ainsi donner naissance à l’Avatar. Pour traverser cette montée, le corps modèle la partition selon le lexique associé, puis progresse vers des structures et dynamiques fusionnelles de groupe pour donner vie aux êtres surnaturels. Grâce au travail de portés avec les harnais d’escalade portés par chaque interprète, nous arrivons à produire des effets de suspension et des propulsions qui contribuent à créer un personnage crédible et surprenant.
Hiver-printemps 2025
Imaginer un futurisme-organique
Karine Galarneau, scénographe multidisciplinaire, a joint l’équipe de création pour concevoir un univers scénique mobile, durable et poétique, capable de dialoguer avec des espaces naturels variés. Inspirée par notre imaginaire oscillant entre le fantastique et le dystopique, elle a imaginé des objets hybrides : sacs à air gonflables, sacs à dos transformables, bâtons de marche aux multiples usages… Ces éléments ne sont pas de simples accessoires : ils deviennent acteurs de la dramaturgie, manipulés par les interprètes et les participants pour construire et déconstruire l’espace. Nous avons rencontré beaucoup de défis, et il faut avouer que nous n’avons pas encore toutes les réponses à nos questions. Cela dit, nous avons trouvé le moyen de faire tenir des piquets sur toute surface sans avoir à perforer le sol et en respectant l’environnement, ce qui n’était et n’est pas encore chose simple.
Cette scénographie immersive transforme le lieu en un théâtre vivant, où la nature n’est pas décor, mais partenaire.
Gabriel Vinuela-Pelletier (viñu-vinu), compositeur électroacoustique et partenaire de longue date d’Ample Man Danse, a plongé dans les résidences in situ pour capter l’essence des paysages et des récits. Chaque élément (terre, aire, eau, feu) a sa propre texture audible. Il a ainsi sculpté des paysages sonores où se mêlent tonalités, rythmes organiques et mélodies pour raconter la métamorphose des lieux. Sa composition emprunte à la fois au classique, pour évoquer la nature, et au rock métal, pour incarner sa déformation. Des voix musicales se poursuivent, se superposent, se transforment, créant une tension poétique entre harmonie et chaos.
Cette recherche sonore est indissociable de la danse : Gabriel a travaillé en étroite collaboration avec le chorégraphe et la dramaturge pour que chaque geste trouve son écho dans la musique.
Jonathan Beaudoin, concepteur costumes, a imaginé, avec son assistante Charlotte Saint-Amour, une galerie de personnages issus des univers tirant à la fois des jeux vidéo et des récits fantastiques, vêtus de plusieurs vêtements superposés, à l’image des voyageurs d’un autre temps. La palette de couleurs, chaude et criarde, marquera le contraste avec la nature, tout en s’y amalgamant avec une patine donnant un effet d’usure. L’intégration de harnais de sécurité pour les portés et l’ajout de volumes sur les corps des danseurs pour amplifier le mouvement sont quelques-uns des éléments centraux sur lesquels se baser pour concevoir la série de costumes.
Inspirations des volumes / moodboard de Karine Galarneau
Septembre 2024
Péribonka, Natashquan, Sept-Îles
Avatarium est un projet de créations chorégraphiques nomades, appelé à se déployer in situ dans une multitude d’espaces naturels, dans toutes les régions du Québec. Ce projet hors norme prend pour assises réflexives et narratives les transformations que les territoires ont subies au fil du temps, qu’elles soient dues aux changements climatiques ou à l’activité humaine directe (ex. déforestation, construction de barrages hydroélectriques, pêches industrielles, etc.).
Objectifs de cette première tournée de résidence in situ sur la Côte-Nord :
– découvrir l’histoire des habitants natifs des lieux et capter leurs témoignages au sujet des transformations de leur milieu de vie ;
– nous entretenir avec des scientifiques marins et des militants écologistes pour comprendre les enjeux environnementaux liés aux industries ;
– transposer, adapter et créer des patrons chorégraphiques et diverses textures de mouvements dansés in situ, dans les espaces naturels signifiants au niveau dramaturgique ;
– effectuer l’échantillonnage sonore des lieux extérieurs (forêt, fleuve, vents des dunes, faune, flore, etc.), enregistrer des entrevues audios et débuter l’exploration musicale inspirée par les lieux ;
– créer un premier court-métrage documentaire pour partager ce qui sera une « carto-chorégraphie du Québec ».
La particularité des œuvres nomades Avatarium est qu’elles sont adaptables à chaque lieu visité. En partant d’un canevas fixe, construit en 6 tableaux, nous revisitons la séquence chorégraphique selon ces variables : la texture élémentaire du corps (eau, terre, air ou feu) qui donne vie à l’Avatar du lieu (la méduse, le troll, la sauterelle ou le phénix), la phrase chorégraphique créée en relation avec les habitants rencontrés sur le lieu, le type de surface pour danser et le type d’espace pour accueillir le public (une distance plus ou moins rapprochée ou éloignée influence le geste, de même que la luminosité). La surface de travail influence aussi l’esthétique de la danse — les interprètes ne bougent pas de la même manière sur une plage sablonneuse, dans une forêt ou sur un rocher —, modifiant ainsi les textures de mouvement, les directions, l’implication musculaire, etc.
L’un des principaux objectifs de création d’Avatarium est d’être présenté dans des lieux non dédiés à la danse, en partenariat étroit avec des diffuseurs qui n’ont pas l’espace pour accueillir des œuvres chorégraphiques de façon « traditionnelle ».
Une structure fixe pour accueillir l'Avatar du lieu et danser chaque récit de territoire
Arrivée
Histoire du territoire
Incarnation élémentaire
Mouvement
Avatar
Départ
Explorations in situ
Hiver-printemps 2024
Créer en milieu naturel
Accueillie par Espaces pour la vie au cœur du magnifique site du Jardin botanique de Montréal et de la Maison de l’arbre Frédéric-Back, notre équipe est allée expérimenter quelques patrons de danse et éléments de lexique en in situ, en harmonie avec les éléments de la nature. Composition visuelle des tableaux, occupations des territoires, dynamique de positionnement des spectateurs, inspiration des textures au sol — danser sur un sol en croûte de glace recouvrant un immense territoire de neige poudreuse, dévaler une colline de neige durcie, etc. —, discussions thématiques sur la question écologique, composition de créatures en grands groupes : l’immersion en milieu naturel, pour cette importante étape de travail, fut révélatrice et fort inspirante pour capter l’essence de ce que nous voulons comme création in situ.
PARTICIPANTES au laboratoire de création : élèves de 3e secondaire du Collège Régina Assumpta, concentration Danse. Photos : Ample Man Danse.
Ça veut dire quoi, « habiter un territoire » ?
Territoire public, territoire privé : quelles différences, quelles dynamiques ?
Parle-moi de ta relation avec la nature… c’est répugnant, attirant, reposant, vivifiant ?
Est-ce que cette relation change en fonction du fait qu’on vive en ville ou en région ?
Les changements climatiques, ça évoque quoi pour toi ?
Quel est l’avenir de nos environnements ?
Tsunami
Éruption volcanique
Tremblement de terre
Cycle des arbres
Soleil
Collectif
Tremblement de terre
Cycle des arbres
Soleil
Collectif
Ça veut dire quoi, « habiter un territoire » ?
Territoire public, territoire privé : quelles différences, quelles dynamiques ?
Parle-moi de ta relation avec la nature… c’est répugnant, attirant, reposant, vivifiant ?
Est-ce que cette relation change en fonction du fait qu’on vive en ville ou en région ?
Les changements climatiques, ça évoque quoi pour toi ?
Quel est l’avenir de nos environnements ?
Tsunami
Éruption volcanique
Tremblement de terre
Cycle des arbres
Soleil
Collectif
Tremblement de terre
Cycle des arbres
Soleil
Collectif
« Les adultes continuent de dire : “C’est notre devoir de donner espoir aux jeunes.”
Mais je ne veux pas de votre espoir.
Je ne veux pas que vous soyez pleins d’espoir.
Je veux que vous paniquiez.
Je veux que chaque jour vous ayez peur comme moi.
Et puis je veux que vous agissiez.
Je veux que vous agissiez comme si notre maison était en feu.
Parce qu’elle l’est. »
— Greta Thunberg, Rejoignez-nous #grevepourleclimat, 2019
« Cette idée que nous avons le contrôle sur la nature est complètement fausse. Nous n’avons pas suffisamment de connaissances pour prétendre pouvoir la contrôler. La seule chose sur laquelle nous avons le contrôle, c’est nous-mêmes. »
— David Suzuki
« Nous devons faire face à la situation. Il n’est pas suffisant de prier Dieu, Jésus, Bouddha ou Allah. Nous ne pouvons pas nous en remettre aux pouvoirs supérieurs. Qui a créé ces problèmes ? Nous-mêmes, les humains. C’est donc à nous de résoudre les problèmes que nous avons créés. Les choses dépendent de nos propres pensées et de nos propres actes. » — Le Dalaï-lama
Danser le territoire – le projet
Connecter les jeunes à la nature par la danse, explorer de nouvelles façons de créer du mouvement avec les 4 éléments et profiter pleinement des bienfaits de l’art et de la biophilie : le projet d’ateliers d’initiation à la danse réalisé avec Une école montréalaise pour tous nous a permis d’accueillir plusieurs dizaines d’enfants issus de milieux défavorisés dans les Espaces pour la vie. Les élèves ont participé aux ateliers de science, ont fait une visite d’inspiration en mouvements au Biodôme, ont créé des gestes et partitions dansées avec l’équipe d’Avatarium, pour enfin présenter leurs créations en contexte in situ devant parents et amis. Des expériences mémorables qui ont généré d’importantes retombées sur le bien-être physique, mental et émotionnel des jeunes, et des artistes !
Photos du travail avec les enfants : Marc Bourgeois
Danser à partir de phénomènes scientifiques
En parallèle de la création chorégraphique, nous avons orchestré, en collaboration avec l’organisme Les Scientifines, une série d’ateliers « danse et sciences » autour des dynamiques des 4 éléments. Des expériences réactives et surprenantes qui ont bien inspiré les enfants dans leurs créations gestuelles, tant au niveau de la forme que du rythme et de l’impulsion !
« C’est drôle, je veux dire, que notre monde intérieur puisse être modifié par le monde extérieur et que ce soient ces changements à l’intérieur de nous qui, en retour, nous poussent à agir avec bonté sur les choses qui nous entourent. C’est une dynamique aérienne et infinie. »
[…]
« Même si elle est constituée de toute la force du monde, la nature se révèle vulnérable lorsqu’on y intervient sans faire attention et que notre intention est de la posséder ou de l’exploiter sans en connaître ni le fonctionnement ni les limites. »
[…]
« […] dans les langues autochtones, il n’y a pas de mot pour désigner la nature parce que ça n’est pas quelque chose qui est extérieur à nous. On n’est pas dedans ; on est la nature. »
— Elisabeth Cardin, Le temps des récoltes. Cultiver le territoire, 2021
« Quand tu comprends mieux ta place dans l’écosystème et quel effet ça peut avoir sur ton environnement, quand tu t’appropries cette connaissance, ça te permet de mieux savoir comment agir. […] Les jeunes ont ENVIE d’être actifs. Faire partie de quelque chose, croire à l’humain, se redonner confiance en groupe, ça peut faire du bien. »
– Noémie Larouche, Écoanxiété : l’envers d’un déni (2021)
Sur l'humain et la nature
Automne 2023
Pistes dramaturgiques
« La relation d’interdépendance entre l’humain et son environnement, fascinante puisque paradoxale, est à la base de la réflexion dramaturgique d’Avatarium : plus l’être pensant évolue conformément dans les systèmes imaginés et construits par l’intellect, plus il s’érige au-dessus du monde sensible, en maître dominant, allant jusqu’à oublier sa nature profonde et finir par s’étioler, se désincarner. Pour être plus forts que les dieux, on a voulu contrôler les éléments et les « dangers » de la nature, transformer les territoires pour nos besoins insatiables, créer de nouveaux univers technologiques dans lesquels s’immerger…
Inspirés à la fois par la philosophie de Descartes et Bacon, par les pensées d’activistes écologiques, par les phénomènes environnementaux et la poétique d’Aristote et de Bachelard, nous avons donc travaillé à tisser un fil de pensée dramaturgique qui puisse s’articuler dans un mouvement dichotomique (contrôler / être contrôlé ; s’incarner / se désincarner ; linéarité / sinuosité ; etc.), tout en donnant place aux créatures imaginaires qui porteront la voix des lieux.
Le dialogue à créer est une rencontre in situ entre l’humain et l’environnement : ce qui sera dit sera nécessairement différent chaque fois. » — Mélanie Viau
« Ignorer le mouvement, c’est nécessairement aussi ignorer la nature. »
– Aristote
Les boucles de rétroaction climatiques : un effet papillon
« L’augmentation de la température due aux gaz à effet de serre déclenche les mécanismes naturels de réchauffement de la Terre, qui s’auto-alimentent ensuite. […]
Pour ce qui est du climat, les émissions des énergies fossiles que nous utilisons constituent l’intrant, car elles ajoutent des gaz à effet de serre à l’atmosphère, élevant ainsi la température de la Terre ; elles déclenchent des boucles de réchauffement autoalimentées par la fonte des glaces, de la neige et du permafrost, les méandre du jet-stream, les nuages qui bloquent la chaleur, les forêt qui brûlent et meurent, le tout contribuant à encore plus de réchauffement : un réchauffement issu du réchauffement. […]
Tous les êtres et toutes les choses sont connectés. Il n’y a pas de centre, nous sommes tous dépendants les uns des autres. Et quand je dis « nous », je parle de tout ce qui se trouve dans l’univers, ce réseau infini de causes et d’effets.
Les boucles de rétroaction « nous montrent la complexité des choses, et également que nos actes ont des conséquences. Nous avons un tel manque de respect pour la nature et l’environnement que nous nous contentons de penser : Oh, tout va s’arranger finalement. Nous n’imaginons pas que nos actes ont des conséquences. »
(Susan Bauer-Wu, 2023)
Imaginaires in situ
« […] On veut toujours que l’imagination soit la faculté de former des images. Or elle est plutôt la faculté de déformer les images fournies par la perception, elle est surtout la faculté de nous libérer des images premières, de changer les images […] ce qui nous intéresse, c’est le voyage du concret vers l’imaginaire. Et la physiologie de l’imagination, plus encore que son anatomie, obéit à la loi des quatre éléments. » (Gaston Bachelard, 1943)
« J’expérimentais ce que le philosophe Harmut Rosa définit comme des expériences décisives de résonance, ces « moments pendant lesquels la corde qui nous relie au monde se met à vibrer intensément et redonne souffle à notre rapport au monde » […] car notre relation au monde est influencée par l’endroit où l’on se trouve. […] C’est en prenant le temps d’expérimenter les lieux qui nous ennuient qu’on finit par voir qu’ils ne sont rien d’autre que notre propre reflet. […] Alors j’ai compris que ce champ, il fallait que je le devienne. »
— Pattie O’Green, Les prophéties de la montagne, 2023
Je pense donc je suis
« René Descartes a déclaré : je suis une chose qui pense.
Il parle de chose, et pas d’être, comme si nous n’étions pas vivants ; Descartes a imaginé une chose pensante, dissociée du corps. Pourtant, « le corps nous connecte à la Terre, à la vie ».
Il découle du raisonnement de Descartes que les personnes jugées comme trop « corporelles », les autres êtres vivants, et la nature elle-même, ne pensent pas aussi bien, voire ne pensent pas du tout, et sont donc inférieurs. Ce mode de pensée « est allé plus loin que nous séparer de la Terre. Il a séparé l’esprit du corps et créé l’idée artificielle que l’esprit est cartésien, mécanique, militaire, et très supérieur au corps. Il niait l’existence de l’intelligence de la Terre vivante et de tous les organismes non humains, les plantes, les microbes, les graines, et également une partie de l’organisme humain.
Il est certain que sa façon de voir le monde et les autres êtres vivants a eu un impact profond sur notre lien avec la nature. » (Susan Bauer-Wu, 2023)
Quelques références dramaturgiques
- BACHELARD, Gaston. 1942. L’Eau et les Rêves. Essai sur l’imagination de la matière. Paris : Librairie José Corti
- BACHELARD, Gaston. 1943. L’Air et les Songes. Essai sur l’imagination du mouvement. Paris : Librairie José Corti
- BACHELARD, Gaston. 1948. La Terre et les rêveries du repos. Paris : Éditions Corti
- BACHELARD, Gaston. 1949. La psychanalyse du feu. Paris : Éditions Gallimard
- BAUER-WU, Susan. 2023. Le sage et l’activiste. Agir pour le climat. Inspiré par la conversation entre sa sainteté le Dalaï-Lama et Greta Thunberg. Paris : Éditions Massot
- DESCARTES, texte établi et annoté par Gérald Allard et Daniel Tanguay. 1995. Discours de la méthode. Québec : Collection Résurgences.
- MONGEAU, Serge. 1937. L’écosophie ou la sagesse de la nature. Montréal : Éditions Écosociété
Lexique chorégraphique
Automne 2023
Danser l’eau, la terre, l’air et le feu
« Dans les premières étapes de recherche et d’exploration chorégraphique, le geste en soi est secondaire : ce qui m’intéresse, c’est comment les thèmes, le lieu et les expériences qui nourrissent l’inconscient collectif viendront habiter le mouvement et les interprètes.
Les 4 éléments — l’eau, l’air, la terre et le feu — m’inspirent par leur texture, leur personnalité, leur dynamique d’alliés et d’antagonistes, de mutation et d’interconnectivité, par leur impact, leur autonomie et leur (sur)puissance. La texture et la forme des corps varient en fonction des différentes incarnations, de même que la contraction musculaire, la direction du mouvement, le rythme de déplacement, le travail de partenaires. En explorant les dynamiques de l’eau, de l’air, de la terre et du feu, on en vient à créer un riche lexique et de là naissent les débuts d’une trame dramaturgique. » — Simon Ampleman
AIR
omniprésence · instabilité · frissons · circulation · déséquilibre · esprit · voyage · apnée · liberté · spiritualité ·
FEU
destruction · passion · rage · plaisir · dépendance · réconfort · étouffement · lumière · combat · royauté · phénix · charme · crépitements
EAU
naissance · rêve · profondeur · purification · direction · noyade · densité · fuite · sagesse
TERRE
stabilité · secret · maison · dégradation · enracinement · mort · vie · territoire · sagesse
Rencontrer les éléments
Été 2023
À la genèse du projet — le Groenland
Dans mes projets, les rencontres humaines sont toujours au centre des réflexions, et cette fois-ci, j’ai ajouté la dimension de la rencontre du territoire. Cela m’a amené à partir à la découverte de terres qui m’étaient inconnues et qui allaient me confronter de différentes manières à la nature et aux éléments qui l’habitent. J’ai donc fait une expédition de 2 semaines avec un petit groupe sur un territoire éloigné du Groenland dans le Fjord de Ammassalik, puis dans un 2e temps, j’ai réalisé un périple de 2 semaines autour de l’Islande — assis sur une faille et 2 plaques tectoniques, ce pays est l’un des plus « actifs » au monde. De cette aventure est né un journal de réflexion audio avec un carnet de notes/ d’inspiration qui deviendra l’un des moteurs de réflexion avec l’équipe pour l’exploration du projet.
Photos prises par Simon Ampleman
Jour 3 – Mouvement
Le glacier est un fleuve qui avance toujours lentement
Il fond
Les éboulements des cailloux créent des sillons dans les montagnes
La glace les façonne dans un tracé vivant
Le groupe contemple l’espace
Se dépose dans l’effort
J’ai les larmes aux yeux devant la beauté des éléments.
Jour 1 – Territoire
Un gros caillou, un peu de verdure, de la glace partout
Le bleu des icebergs
Turquoise
Un bleu vivant
Lumineux
Le glacier est une lumière
Une réflexion vivante
Quelle est la valeur de la terre?
Si on ne peut pas la travailler
C’est qu’elle est libre
Les gens s’habitent sur cette terre-là
Terre libre, terre propriété
À qui le territoire?
Jour 2 – Lumière
Quand on prend le temps il se remplit on voit tous les détails
Ici le soleil ne se couche pas
Laissant par ses rayons un filtre d’air fin dans le paysage adouci
La lumière devient le fil du temps
Au loin la neige fait 200 mètres de haut
On entend le glacier qui fend, qui craque et tonne
Un coup de tonnerre dans un ciel bleu
L’œil voit le passé à travers la glace
L’eau a un âge, c’est une vieille eau, comme la terre, comme l’arbre.
Jour 4 – Combat
Sur le rebord d’un chaudron en montagne
Falaise apique, chemin techniquement trop difficile
Hostile au passage des humains
J’ai peur qu’il arrive quelque chose à quelqu’un
et je m’imagine le pire
Les éléments sont toujours plus forts que nous
Mais c’est plus fort que nous de les confronter.
Jour 5 – Eau vive
Traversée de torrents et de rivières
Le groupe avance en formation triangle
Dans les larmes pures des glaciers qui fondent trop vite
Cette eau n’a pas de goût
Elle est parfaite.
Jour 6 – Temps
J’ai bu l’eau d’un glacier de 80 000 ans
Dans mon corps il y a de l’eau de 80 000 ans
Figée dans le temps pour enfin fondre et se noyer dans l’océan et disparaitre à tout jamais.
Elle attend depuis tout ce temps pour être libérée.
C’est la meilleure eau que j’ai bue de ma vie.
Jour 7 – Interdépendance
Le feu est absent au Groenland
La terre, l’eau et l’air seuls coexistent pour sculpter les montagnes
L’eau crée les couloirs, la terre dresse les murs et l’air y circule librement
J’ai la peau boursoufflée, brûlés, blessée
Je pense que le feu et l’air sont en train de me sculpter moi aussi.
Jour 8 – Repos
Je suis assis sur le toit de la planète
Enfermé dans ma tente
Méconnaissable
On a tout le temps froid
mais on s’y habitue.
Jour 9 – Rencontres
Des gens nous croisent sur le chemin pour la première fois
D’autres humains, à leur manière, qui affrontent la nature
Se fabriquant des maisons avec des bâtons de marche.
Jour 10 — Danse
Un mot de chacun, puis un geste
Danser le Groenland vécu par chaque membre du groupe
Après la fatigue de l’effort : la connexion.